Nous avons pu interviewer Mathilde Louvain, tête de la liste Faire mieux pour Avignon. Découvrez ce que cette candidate propose pour la ville.

Crédit Photo: Antoine Lesueur
Tristan Jorus: Bonjour Mathilde Louvain. Pour quelles raisons êtes-vous à la tête de la liste de la FI nommée Faire mieux pour Avignon ?
Mathilde Louvain: J’ai été désignée tout d’abord en tant que chef de file, au début de l’année dernière, avant d’être désignée tête de liste en septembre dernier. C’est un travail de consensus entre militants et militantes au local. Et ensuite, il y a une validation nationale qui doit prendre en compte la cohérence territoriale, la parité et la diversité des profils des personnes qui se présentent. Ça a été confirmé en octobre dernier que j’étais la candidate La France insoumise pour Avignon.
TJ: Vous avez été désignée par les sympathisants ?
ML: Oui, c’est ça. On fait des assemblées et on travaille, on tente d’aller vers un consensus. Ce n’était pas un passage évident mais le principe est le suivant : on fait remonter les noms qui ressortent, les personnes qui se sont présentées. Et ensuite, l’idée, c’est que le national, au regard de tous les éléments qu’ils peuvent avoir sur les profils locaux et régionaux, choisisse… En tout cas, le national confirme ou infirme les choix pour que ce soit cohérent.
TJ: De quelle formation provenez-vous ? Quelle est votre métier ? En somme, quelle est votre parcours ? Celui qui vous emmène à vous présenter à la mairie d’Avignon.
ML: Dans mon parcours personnel, au-delà de la formation universitaire, j’ai une tradition familiale, syndicale et politique forte. Donc, j’ai très vite été dans les luttes, que ce soit pour les retraites, par exemple. Mais ça a commencé par la lutte de terrain, qui s’est peu à peu structurée quand j’étais à la municipalité, parce que j’ai vraiment fait beaucoup de mobilisation à la fac et dans les réseaux militants. C’est à ce moment là, que j’ai pu rejoindre La France Insoumise en 2017. Mais pour moi, c’est une attention que je porte à la lutte sociale de toujours et la façon dont je peux, en tant que citoyenne, m’engager. C’est là où j’ai trouvé les meilleurs espaces pour être dans une construction de la lutte et ensuite pouvoir arriver à une forme de synthétisation des enjeux politiques qui sont les nôtres à la France insoumise. Comment transformer les faits entre la lutte de terrain et la mobilisation vers des enjeux programmatiques et politiques.
TJ: Quelles sont les études que vous avez faite à l’université ?
ML: Moi, au début, j’ai fait des études de lettres modernes et après de projets culturels. Donc, je suis un peu le pur produit de mes études, puisque je travaille dans le secteur culturel depuis une dizaine d’années, un peu plus dans la médiation culturelle au travers de projets d’action culturelle, éducation artistique et culturelle. Vraiment, dans la continuité de mes études, j’ai pu mener des projets un peu partout, Toulouse, Paris, Créteil, Saint-Denis. Ensuite, cette expérience m’a permis d’aller vers le secteur de l’action culturelle.
TJ: L’un de vos premiers engagements est celui de remettre de la démocratie tout au long du mandat par la participation citoyenne. Pouvez-vous nous en dire plus ?
ML: Ce que l’on appelle la révolution citoyenne, le pouvoir par le peuple, c’est de redistiller de la participation citoyenne. Et ce n’est pas seulement des mesures, c’est vraiment une politique globale et une philosophie aussi de ce qu’on veut faire à l’échelle de la commune. Et quand on parle de communalisme, ça commence déjà par ça. C’est une « ré-implication » avec des leviers de participation. Par exemple, des votations citoyennes. Quel mode de votation? On parle souvent du référendum d’initiative communale, qu’on pourra évidemment mettre en place. Mais on peut aussi parler du cadre de ces votations, sur le fait qu’on ne s’adresse pas qu’à des personnes qui ont le droit de vote. Ainsi, notre dispositif sera des votations sans condition de nationalité à partir de seize ans. Afin de pouvoir réinjecter de la participation au bon endroit. C’est-à-dire que les personnes qui vivent, qui travaillent, qui payent leurs impôts à Avignon, ont le droit de pouvoir décider de leur quotidien. Et donc, sur des sujets phares, comme les rythmes scolaires, comme la gestion des communs, qu’ils puissent être acteurs et actrices de leur quotidien.
TJ: La volonté d’inclure davantage le citoyen au sein du processus démocratique des municipalités ne date pas d’hier et remonte à 2014 avec l’institution des conseils citoyens dans le cadre de la politique de la ville. Alors que 33 % de la population d’Avignon vit sous le seuil de pauvreté, même si remettre de la participation au sein de la vie démocratique vise à redonner de l’agentivité à ces personnes, il est parfois délicat, pour elles, de se sentir légitime à participer aux dispositifs de gestion participative de la commune. Comment comptez-vous parvenir à faire participer le plus de gens possibles aux dispositifs que vous voulez mettre en place ?
ML: Je pense que ce qui est très important de redire, c’est que le travail d’échange avec les habitants et les habitantes, il n’a pas lieu qu’en période électorale à la France insoumise. La base de ces échanges, ils se font sur le porte-à-porte qu’on fait depuis toujours, depuis la naissance de ce mouvement. Et donc tous ces temps-là de porte-à-porte, d’échanges, dans les lieux du quotidien, ça veille à justement remobiliser ou, en tout cas mobiliser ponctuellement. C’est aussi le moment de faire prendre conscience aux habitants et aux habitantes qu’elles et ils ont une voix à porter, V-O-I-X ou V-O-I-E. Voilà ce que l’on veut. Mais au-delà de ça, c’est aussi de dépasser peut-être parfois le sentiment d’abandon qui est réel, qu’on entend, et comment transformer ce sentiment d’abandon en volonté d’agir, mais aussi pour que les personnes s’auto-organisent. Donc à la fois, on a un levier de transmission sur ce que sont les compétences d’une commune, ce que l’on peut changer à l’échelle de la ville mais aussi que les personnes se sentent légitimes, comme vous disiez, de s’auto-organiser en « asso » de locataires, en « asso » parents d’élèves, etc. On veut permettre au habitants de se donner cet espace de construction. Ça, c’est quelque chose qui nous est cher, qu’on ne fait pas à leur place, on leur donne parfois des éléments de structure qui peuvent ensuite les amener à s’auto-organiser. Ça, c’est le premier degré de cette révolution citoyenne. C’est de soutenir l’auto-organisation et ensuite d’aller vers des notations. Avant même ces notations, le but est de réinjecter aussi des temps d’assemblées citoyennes, des moments de débats, ça va être le premier pas, d’aller écouter, d’aller se renseigner et ensuite de porter son avis.
TJ: Ces votations, matériellement, comment elles peuvent se présenter ? sur un site internet sécurisé ? On va se rendre en mairie comme pour les élections et voter ? Comment ça va se passer ?
ML: Je pense que là, ce sont des modalités à réfléchir pour être au plus près, comme vous le disiez, des usages. Comment être au plus proche ? est-ce qu’on fait des boîtes à idées ? On sait qu’il y a des maisons communes qui ont été inaugurées il y a quelques temps par la mairie actuelle. Mais clairement, concernant les conseils citoyens, comme vous le dites, il faut leur donner les moyens d’agir. Parce qu’aujourd’hui il y a des instances qui existent mais sans budget, sans moyens d’agir… Donc, pour nous, c’est un caduc. Alors, comment on recrée ces conseils citoyens avec les moyens d’agir. Pour les votations, ça peut aussi être des systèmes pétitionnaires, à partir du moment où il y a une pétition qui va aller sur tant de signatures, on déclenche une votation pour permettre aux habitants et habitantes d’Avignon de se positionner sur cette question. Nous, en tant que conseiller municipal, on s’obligera, on s’impliquera et on choisira d’aller porter au conseil municipal ces propositions, d’en débattre et de se positionner dessus. Donc je dirais qu’il y a des modalités assez différentes entre des temps d’échange, des temps de votation et que c’est à inventer pour être au plus près, encore une fois, des usages.
TJ: Vous souhaitez également l’élargissement et la gratuité des transports ainsi qu’une régie publique de l’eau. Ces compétences appartiennent à l’intercommunalité. Pour que ces mesures adviennent, il faut donc qu’une majorité de communes de l’agglo soit de la même sensibilité que la vôtre, et même être aux commandes de l’intercommunalité. Travaillez-vous avec des candidats des autres villes de l’agglo concernant ces questions ?
ML: Complètement. On parlait du communalisme tout à l’heure, c’est clairement l’axe fondamental : c’est d’aller reconquérir les communs pour les habitants et les habitantes, parce que, au-delà de l’aspect économique, c’est de revenir justement à une gestion pour les habitants au plus près de leurs besoins. Et donc dans la dimension de l’agglomération, en effet, il va y avoir tout un travail qui sera fait dans les semaines à venir, de liens avec des listes qui portent un projet ambitieux, social, qu’on pourrait défendre nous-mêmes, et de justement travailler à cette synergie. Et d’ailleurs, évidemment, sur la régie publique, il y en a beaucoup qui se sont positionnés sur ce sujet là. En effet, il y a un enjeu, étant donné que la concession va s’arrêter en 2028. Il faut préparer cette échéance dès maintenant. Ce sera clairement un marqueur de l’agglo, je dirais, dès le début du mandat. Donc, il y a ces discussions qui s’enclenchent et je dirais même qu’il y a des citoyens qui portent aussi cette mesure car ils ont bien compris l’enjeu de la régie publique pour leurs concitoyens et concitoyennes. À l’endroit de l’économie, mais pas seulement. Et ça fait aussi le lien avec les nouvelles modalités de gestion que nous, on défend, de vraiment sortir de tout ce qui va être délégation de services publics, ou en tout cas d’avoir les moyens de la contrôler. Parce que le mode de gestion, ce n’est pas que de la technique, ça raconte aussi quelque chose de l’implication de la ville dans les communs et aussi l’implication des citoyens, qu’il y ait plus d’usagers et d’usagères dans les CA, dans les instances, pour représenter justement leur quotidien. Parce que sinon, on est encore sur un groupement d’élus qui contrôlent plus ou moins les marchés et évidemment, ce sont les usagers et usagères qui trinquent. Nous, on veut casser ces modèles là. On est très vigilants. Par exemple, à ce que la ville ait mis en place un réseau de rafraîchissement chaleur avec une concession de 29 ans. Nous, ça ne pose aucun problème en question. Que la ville n’ait pas tous les moyens en termes de compétences financières, c’est une chose, mais mettre en place une DSP sur 29 ans, pour nous, c’est rédhibitoire.
TJ: Quelle est votre position concernant le projet de contournement routier sud de la ville d’Avignon ? Ce projet vise à désencombrer les camions de la rocade d’Avignon et, par extension, aux abords du centre-ville afin de réduire les taux de pollution dont de nombreux avignonnais sont victimes. La majorité sortante demande la reconfiguration du tracé de la LEO arrêté par le DUP de 2003 en lui reprochant de ne pas être dans l’ère du temps en ce qui concernent des enjeux environnementaux.
ML: C’est un sujet qui est complexe. D’abord, il faut rappeler le constat de la rocade: elle est une vraie séparation territoriale qui engendre de la pollution sonore et de la pollution de particules fines. Il y a des personnes, des habitants et des habitantes qui sont en détresse, concrètement, face à cette situation. Évidemment, une dangerosité en termes de sécurité routière. Et ça, c’est à la fois les enseignants et les habitants qui peuvent nous le transmettre. Donc ça, c’est une réalité. Après, sur ce projet là de contournement, ça pose question sur le déplacement d’un problème qui va potentiellement toucher d’autres personnes, d’autres habitants, habitantes. Donc nous, on était plutôt vraiment en retrait de cette proposition.
Mais on sait qu’il y a d’autres leviers possibles pour contourner cette rocade, notamment sur la circulation des poids lourds. Pourquoi pas proposer une gratuité? ça, c’est pas de notre ressort, mais c’est à nous d’aller faire pression en tant que commune. Et d’ailleurs, c’était un projet qui était défendu par la ville et par d’autres villes sur la gratuité du tronçon Avignon nord – Avignon sud. Ça permettrait d’alléger quand même cette circulation. Et il y a un autre enjeu, c’est celui du fret ferroviaire. On pourrait renforcer cette offre de fret. Et pourquoi pas imaginer tout un travail de vignette sur la rocade avec un temps qui soit dédié au passage des camions qui iraient vers le fret. Encourager ça, tant qu’on peut. Même si évidemment, l’idéal, ce serait que l’arrêté anti-poids lourds puisse advenir un jour, même s’il sera retoqué constamment par la préfecture. Mais on sait très bien que pour la vie des gens, c’est ce qu’il faudrait. Après, la réalité, là, de comment on avance nos pions, on pense qu’il faut être sur des propositions, justement, de déversement, mais pas sur un aménagement qui viendrait un peu contredire nos valeurs écologiques.
TJ: David Fournier, candidat PS qui s’est allié avec l’Après et les écologistes, Benoit Belvalette, candidat Place Publique, Paul Ronger Gontard, candidat Confluences Citoyennes. Avec votre candidature, cela fait 4 candidatures de gauche. Certes, ce n’est pas la même « gauche » mais ne dites-vous pas que la fragmentation des forces de gauche ne fasse le bonheur d’Olivier Galzi et d’Anne Sophie Rigault ?
ML: Ce que je trouve intéressant dans ce paysage, c’est qu’il y a eu des rapprochements qui se sont faits. Il y a Place publique qui s’est rallié au PS de David Fournier : ils ont signé des accords. Ca fait une candidature en moins. Là, pour l’instant, je dirais que sur l’échiquier, il reste Paul Roger Gontard qui pour l’instant maintient sa candidature. Mais je pense qu’il y a de très fortes chances, c’est mon avis personnel, que l’arc politique de Paul Roger Gontard, finalement, il aille vers David Fournier. Ainsi, on a une sorte de centre gauche qui s’identifie très bien. On va pas faire la guéguerre de qui est la vraie gauche à Avignon. De toute façon, on n’a pas besoin de le dire, ça parle tout seul. Mais on a eu le plaisir d’être rejoints par le PCF, par Génération, par Avignon collectif. Et au-delà d’étiquettes, parce que ce n’est pas la façon dont on travaille à la France insoumise, on part d’un programme, d’un projet, et les personnes nous rejoignent en cohérence avec ce projet. Et c’est ce qui s’est fait. On a pris le temps des échanges, des constructions, des ateliers programmatiques de part et d’autre. Et c’est comme ça qu’on est arrivés à ce rassemblement et pas sur un accolage d’étiquettes et de personnes. Et ça, là-dessus, on est très clairs. Donc, je pense qu’on a un projet de gauche radical au sens de la rupture. Et encore une fois, on va peut-être préciser un petit peu ce qu’on entend par là. On n’est pas dans le même sillon que David Fournier qui est sur la continuité de son mandat. Il l’a dit lui-même, la ville est au PS. Moi, je suis pas d’accord. La ville, est aux habitants et aux habitantes d’abord. Et en termes de projet, ce qu’on défend, c’est d’avoir des mesures qui marquent le changement, justement. On en a déjà parlé, mais sur les questions d’action sociale, de solidarité, de logement, de participation citoyenne, de tranquillité publique également. On est là pour faire un projet qui marque la différence et surtout qui est dans le dépassement de ce qui a été mené. C’est ça notre projet et c’est ce qu’on veut mettre en œuvre. Avec des personnes qui ont des expériences qui peuvent se partager, avec une liste d’union populaire qui repose sur du partage de compétences, d’expériences, parce qu’en fait, on n’a pas besoin d’être élu pour être bien placé pour savoir de quoi on parle. Et ça, je pense que c’est quelque chose à revendiquer. En tout cas, nous, on est très clairs sur notre projet et aussi sur le fait qu’on veut être une ville formative, qui va au rapport de force et qui doit le faire pour faire entendre la situation de sa ville.
TJ: Le Panoramique est une rédaction de l’université d’Avignon. Que ferez-vous pour les étudiants d’Avignon si vous êtes élue maire ?
ML: Je pense qu’il y a une donnée sur la vie étudiante au sens large, c’est celle du logement. La situation du logement à Avignon est problématique, où il y a a une grosse tension locative, notamment avec la saison estivale. On a conscience qu’il y a des étudiants et étudiantes dans des appartements sous baux de neuf mois. Les mettant dans une situation où il faut retrouver un logement. Enfin, il y a des situations de précarité étudiante. Il y a évidemment un encadrement des loyers qui sera mis en place. Je pense qu’il y aura une veille toute particulière sur cette question du logement. Être bien logé, c’est aussi être en bonne condition pour pouvoir apprendre. Je pense aussi qu’on pourra aller sur du soutien à la mise en place d’antennes de prévention, d’écoute. On sait que ça existe déjà, mais une ville se doit d’être au contact de sa jeunesse, notamment, étudiante. Qu’il y ait plus de concertation, peut-être, entre les associations qui font ce travail de prévention. Faire plus de liens, d’être encore plus à l’écoute et d’aller plus loin sur ce type de propositions. Il y aura évidemment aussi une réflexion à avoir sur tout ce qui est de l’ordre du patch-culture. Il existe déjà avec des réductions, mais comment on l’élargit pour que les étudiants et étudiantes puissent se sentir vraiment partie prenante de l’activité de la ville ? Je pense que là, c’est pareil. Il y a tout un travail de déploiement, de cet offre là et de tarification.
TJ: Comment va se matérialiser la bifurcation écologique que vous portez dans votre programme ?
ML: Sur la planification écologique, ce qui est intéressant, c’est qu’il y a plusieurs axes. Déjà pour recontextualiser un peu la ville d’Avignon, elle a un avantage énorme, c’est qu’il y a à la fois un fleuve et une ceinture verte. Et que donc cette ville d’Avignon, elle a un énorme potentiel agricole avec beaucoup de maraîchage. Donc je pense que déjà, il y a vraiment une entrée sur le bien manger et le circuit court à remobiliser, à redynamiser pour qu’on puisse vraiment être sur une future forme d’autonomie de l’alimentation. Il y a des projets comme la sécurité sociale de l’alimentation qui sont intéressants aussi. A y voir de plus près, notamment par exemple pour les étudiants et étudiantes. Peut-être sur une tarification, sur des marchés solidaires, ce genre de choses, ça, ça pourrait marquer la vie des uns et des autres. Il y a déjà des initiatives comme ça, mais la commune doit pouvoir s’emparer encore plus de ce potentiel agricole là, à le défendre, notamment sur les questions foncières. Ça, c’est des sujets un peu techniques. Sur l’aspect fluviale, on est vraiment intéressés sur, pourquoi pas, le développement de navettes fluviales et de l’aménagement des berges de la Durance. Ce sont aussi des projets que l’on pourrait porter pour faire mieux respirer la ville. Et pour être très pragmatique, de déplacement de personnes, de déplacement de biens qui pourraient aussi aller dans le sens d’un tourisme vert, d’un bien-être du quotidien. Pourquoi pas du fret ? Le fluvial est une force dont on peut s’emparer. Il y a évidemment la question des mobilités : des mobilités douces, notamment avec des réseaux de vélos qui pourraient être beaucoup mieux identifiés, mieux protégés. C’est ce que les habitants et habitantes nous demandent. Il y a ce qu’on appelle parfois les réseaux express vélo qui sont des recommandations d’associations. On pourrait aller dans ce sens là. Et, la ville avait mis en place un budget d’équipement. C’’était pas forcément très visible. Je pense que peu de personnes savent qu’elle pouvait demander une petite enveloppe pour s’équiper, faire du vélo, que ce soit pour eux ou pour leurs enfants. Il y a tout un travail sur le vélo mais aussi en termes de mobilité : les transports en commun. Quand on parle de gratuité, c’était la question tout à l’heure sur le Grand Avignon. Donc c’est un levier à porter à l’agglo. Mais au-delà de la gratuité, il y a les tracés. On veut être sur une cohérence territoriale. Quand on parle de planification écologique, on peut pas juste dire aux personnes de ne plus prendre la voiture s’il n’y a pas une offre en face. Sinon, ça fait comme les ZFE (zones à faibles émissions).
TJ: L’observatoire communale contre les discriminations est une institution que vous voulez mettre en place. Comment va-t-il permettre le vivre ensemble ?
ML: Pour nous, une commune, elle doit être vraiment le fer de lance de la lutte contre toutes les discriminations. Il faut les nommer. Donc on parle de sexisme, on parle d’islamophobie, de tous les racismes, d’antisémitisme, de violences faites aux LGBT, etc. C’est bien de le nommer parce que souvent, quand on les nomme pas, il y a une forme d’invisibilisation de ces discriminations et nous, on veut être vraiment être à l’écoute et protéger les victimes. Ça, c’est une première phase, d’où l’idée de cet observatoire. Mais on n’est pas juste sur un recueil. On est sur, justement, une multiplication des points d’écoute de la parole avec des personnes formées. Et cette parole, on la transforme en actes. Cet observatoire, c’est important de dire que ce n’est pas une entité qui se rajoute, c’est plutôt une politique de synergie entre des institutions ou des associations qui existent déjà, qui font de l’accompagnement. Elles font un travail extraordinaire.
TJ: Que préconisez-vous pour la ville d’Avignon concernant les questions de sécurité et de tranquillité publique ?
ML: C’est un sujet qui revient beaucoup et au-delà de la presse, au-delà de l’aspect médiatique, ce qui nous a intéressés très vite sur ces questions de tranquillité publique, ce sont les habitants et les habitantes. Nous, on refuse de mettre des œillères en tant que France Insoumise, en tant que force de gauche radicale, on ne mettra pas d’œillères sur ces questions. On ne dira pas : Il n’y pas de problème de sécurité à Avignon, c’est faux. Par contre, on est tout à fait capable d’observer, d’écouter et on a des propositions concrètes. On est centrés sur la question de la tranquillité publique parce qu’il y a les enjeux de sécurité, mais il y a aussi les enjeux d’aménagement urbain qui peuvent parfois mettre à mal cette tranquillité publique. Nous, ce qu’on propose, c’est une politique publique de la tranquillité publique. Qui fait, encore une fois, le travail de lien, de cohérence entre la police municipale, la prévention, l’éducation et la médiation de rue. Encore une fois, c’est grâce au travail collectif et global qu’on peut aller chercher des espaces de respiration et qu’on ira vers un mieux-vivre ensemble et un mieux vivre dignement. Sur la police municipale, notre volonté est de retravailler les missions des agents et des agentes pour être sur une police vraiment au service de sa population, des habitants et des habitantes. Qu’on soit dans une police du quotidien, du lien. Il y a que comme ça que cela pourra fonctionner : avec des agents formés, à l’écoute, et sur tous les sujets, évidemment. Contre les discriminations c’est une évidence, en particulier sur la question des violences sexuelles et sexistes. Mais de manière générale, une police qui soit celle du tous les jours. Ça, c’est très important. Avec, évidemment, une revalorisation des moyens aux associations, au CCAS, à l’action sociale, même si ce sont des questions de solidarité qui sont en lien avec le département. Mais pour la gestion d’une ville, lorsqu’on observe des données démographiques avec des besoins vitaux en hausse, elle se doit de regarder ces données là, et d’agir en conséquence. Et ça, c’est quelque chose qu’on porte très fort.
TJ: Pour terminer cette échange, souhaitez-vous le conclure par un sujet que nous n’avons pas abordé et qui vous tient à cœur ?
ML: Moi, il y a un sujet qui me tient très à cœur, c’est celui de la culture. Au-delà du fait que je vienne de ce secteur, encore une fois, je suis à la fois une responsable politique, une citoyenne et une usagère. Ce qui m’intéresse beaucoup dans cette ville, c’est la vivacité, de la culture, des associations, je dirais même au-delà de l’aspect culturel, du vivier associatif. Et je pense qu’on peut vraiment aller plus loin en termes de démarche avec une lecture encore plus, resserrée, avec plus de liants, plus de liens entre tous les acteurs culturels et artistiques de la ville. Plus d’accompagnement pour les associations et une implication aussi du local, des acteurs locaux dans la vie de la commune, dans les fêtes populaires. Je sais qu’il y a eu beaucoup d’événements dans l’espace public, notamment parce qu’on était terre de culture, mais ça, il faut que cela soit pérennisé. Il faut qu’on aille sur ces sujets là, d’équipements culturels, dans tout le territoire de la ville d’Avignon. On est quand même très centralisés. Il faut plus d’équipements culturels en extra-muros, notamment, et aussi qu’on ait des événements qui puissent être dans l’intercartier. Ça, c’est très, très important. Je pense que c’est aussi dans la dynamique d’aller vers, faire venir. Et quand on dit qu’il y a peu de fréquentation des équipements culturels intra-muros par les habitants de toute la ville, il faut déjà se poser la question de comment les personnes viennent et comment ils repartent. Parce que, quand il n’y a plus d’offre de transport après vingt-deux heures… C’est quand même assez compliqué pour pouvoir profiter des infrastructures culturelles. Donc pour moi, il y a la question de maintenir et de développer l’offre culturelle en soutenant les acteurs et les actrices locaux. Egalement d’être dans cette logique d’événements publics en espace public. Et la question centrale pour moi, c’est la mise en partage de cette culture, de ces cultures. Si on ne soutient pas, les structures qui accompagnent la jeunesse, qui accompagnent les habitants et les habitantes, on ne pourra pas aller sur une représentation qui est celle qu’on vit. C’est-à-dire, celle de la diversité et la représentation de la ville à travers les publics qui vont aller dans les musées, les bibliothèques et les salles de spectacles. Donc comment on met en partage cette culture ? Quelle politique on met en œuvre ? Refinancement des centres sociaux, des structures sociales. Il y a une question sur l’école aussi. Toutes les écoles ne peuvent pas venir voir des spectacles, par exemple. C’est une réalité à Avignon. Pour moi, c’est inconcevable. Comment réfléchir sur ces sujets-là ? Peut-être accroître le Patch Culture de la ville qui existe, ce qui est un bon dispositif grâce auquel on peut avoir des billets à cinq euros, en l’élargissant sur des conditions sociales. Des offres tarifaires, mais surtout une politique d’accompagnement, de médiation et de refinancement des acteurs et des personnes qui les accompagnent.
TJ: C’est la fin de cette interview. Merci Mathilde Louvain !
ML: C’est moi qui vous remercie.
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