Alors que notre rencontre était convenue le 20 janvier, Olivier Galzi a décommandé le jour même car « il se concentre sur le meeting du 29 janvier ». Pour autant, il a répondu à nos questions par écrit. Découvrez ce que ce candidat, sans étiquette, propose pour la ville d’Avignon.

Crédit photo: Mathieu Blin
Tristan Jorus : Bonjour Olivier Galzi. Nos lecteurs ne vous connaissent peut-être pas mais vous avez une longue carrière de journaliste derrière vous. Après avoir été scolarisé au lycée Mistral, vous commencez vos études à l’université d’Avignon et vous obtenez un diplôme à l’IEP de Grenoble. Pendant plus de 10 ans vous avez travaillé pour France 2 notamment en tant que présentateur-remplaçant de Laurent Delahousse ou David Pujadas. Par la suite, vous avez travaillé 7 ans chez i-Télé (ancien CNews) et 2 ans sur LCI. Qu’est-ce qui vous pousse à revenir là où vous avez grandi pour vous présenter à la mairie ?
Olivier Galzi: Avignon n’est pas pour moi un simple point de départ dans mon parcours personnel, c’est une ville fondatrice. J’y ai grandi, j’y ai étudié comme mes enfants l’ont fait, j’y ai construit une part essentielle de mon regard sur le monde. Puis mon parcours journalistique m’a offert un privilège rare qui est celui d’avoir pu observer pendant des décennies le fonctionnement de l’État, des collectivités, les réussites mais aussi les blocages de l’action publique.
Aujourd’hui, comme beaucoup, je ressens un besoin d’un retour aux racines et lorsque je vois l’état de ma ville qui ne cesse de se dégrader, je ressens encore plus la nécessité de m’engager pour elle et pour ses habitants. Avignon traverse une période charnière : elle a d’immenses atouts culturels, patrimoniaux et humains, mais elle souffre d’un décrochage sur des sujets très concrets du quotidien. J’ai envie de mettre mon expérience, mon indépendance et mon énergie au service de la ville où tout a commencé pour moi.
TJ: Votre candidature est sans étiquette et vous préconisez une politique du « bon sens ». Pour autant, l’UDI vous a apporté son soutien et Renaud Muselier, président de la Région PACA ayant rejoint le parti Renaissance en 2022, est attentif à votre candidature. De nombreux politiques ont menés des réformes de « bon sens » et ce sont heurtés au mécontentement populaire. Faire de la politique en préconisant le « bon sens » n’est pas une manière de dissimuler le projet que vous portez ?
OG: Le bon sens n’est ni un slogan creux ni une posture de communication. C’est un état d’esprit qui ne tient pas compte des clivages politiques, des étiquettes ou des rapports de force politique . Gouverner une ville, ce n’est pas appliquer des dogmes idéologiques, c’est résoudre des problèmes réels : sécurité, propreté, logements, écoles, mobilité. Le bon sens, c’est aussi savoir écouter, corriger, ajuster quand une décision ne fonctionne pas.
Mon projet est public, structuré et assumé. Il repose sur des priorités claires, chiffrées, et compatibles avec les contraintes financières d’une commune. Les soutiens que j’ai pu recevoir ne me dictent aucune ligne. Les gens qui me connaissent, me savent libre, indépendant et engagé. C’est je crois, ce qui fait ma force depuis ce début de campagne. Je reste sans étiquette parce que je refuse les logiques d’appareil et cela trouble à l’évidence mes adversaires qui veulent à tout prix me coller une étiquette. Ils ne sont certainement pas habitués à affronter un candidat qui finance lui même sa campagne, qui dit ce qu’il pense, et qui ne dépend pas de la volonté des partis politiques. Dans leur logiciel, je dois leur apparaitre comme un OVNI, là où beaucoup d’avignonnais me voient comme une alternative crédible et libre. Ce décalage entre l’opinion de mes adversaires et celle de la population est assez criant et témoigne je le crois du fossé qui s’est creusé entre nos représentants politiques et nos concitoyens. Mais comme disait un célèbre Vauclusien,, René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront ».
TJ: Trois thèmes reviennent régulièrement dans les interview que vous donnez : Sécurité, Propreté et Circulation. Mais qu’en est-il :
– de l’éducation ?
– de l’action sociale ?
– des transports publics ou de la bifurcation écologique ?
OG:
Education: L’école primaire est une compétence municipale partagée avec l’éducation nationale et il faut à ce sujet conserver une vision partenariale. Si je salue le travail effectué par Cécile Helle notamment sur la mise en régie de la restauration scolaire, nous devons aller beaucoup plus loin en écoutant plus le rythme des enfants et des familles. C’est pourquoi, je proposerai si je suis élu, à l’automne prochain, une grande concertation portant sur la mise en place des 4 jours accompagné d’un plan permettant aux parents qui ne pourraient garder leurs enfants le mercredi de disposer d’une solution de garde qualitative. Je n’oublie pas que c’est le service public qui doit s’adapter aux contraintes des familles et non l’inverse. Là encore, cela me semble être du bon sens…
Action sociale: La solidarité ne doit pas être désincarnée. La solidarité, quand on est élu, ce n’est pas de faire un chèque pour s’acheter une bonne conscience. C’est aussi vérifier que cette action fait sens, qu’elle est utile et efficace pour nos concitoyens. Pour cela. elle doit aussi être coordonnée avec les partenaires, le Département et les acteurs associatifs, et orientée vers l’accompagnement, pas l’assistanat.
Bifurcation écologique: Comme beaucoup de sujets, la transition écologique a été ces dernières années, galvaudée à Avignon. Pourtant cette transition doit être pragmatique et pas seulement un slogan ou un dogme. Quand on a la fibre écologique sincère et que l’on est maire donc garant des comptes publics de la commune, on prend une décision de bon sens par exemple, en remplaçant l’éclairage public actuellement au sodium, par des LED moins polluantes et moins couteuses. C’est un investissement d’avenir qui permet de préserver plus la planète tout en faisant d’énormes économies… C’est ça le pragmatisme ou le bon sens…Rénovation énergétique des bâtiments municipaux, végétalisation, mobilités douces, résilience climatique en adaptant la ville au changement climatique et le tout sans opposer écologie et qualité de vie des habitants. C’est ma vision de la transition écologique pour Avignon.
TJ: Vous souhaitez plus d’effectifs au sein des forces de l’ordre, le déploiement de caméra de surveillance avec analyse par intelligence artificielle pour reconnaître les comportements suspects, l’équipement des policiers avec des tasers… Non seulement la surveillance par intelligence artificielle pose des questions éthiques mais la répression seule ne suffit pas. Qu’en est-il de l’accompagnement des populations et de la prévention ?
OG: Je n’ai jamais dit que la répression suffisait. Mais sans sécurité, il n’y a ni prévention crédible, ni politique sociale efficace.
Oui, je souhaite des effectifs renforcés et des outils modernes, dans le strict respect de la loi. L’intelligence artificielle, par exemple, ne peut être utilisée que dans un cadre légal clair.
Mais la sécurité, c’est aussi une politique de tranquillité publique pensée quartier par quartier. Il est nécessaire de sortir à la fois de l’angélisme et du tout-répressif, en renforçant des outils comme le CLSPD (Conseil Local et Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance), par exemple, ou en redynamisant les partenariats, notamment avec l’État et le préfet, dans la lutte contre la délinquance. Il faut cesser de mettre la poussière sous le tapis ou de croire que nous pourrons, seuls, apporter des solutions à des phénomènes comme le narcotrafic. Seule une mobilisation de l’ensemble des acteurs de la « sécurité », accompagnée d’une détermination à obtenir des résultats concrets dans le quotidien des Avignonnaises et des Avignonnais, permettra d’y parvenir.
TJ: Dans un interview précédemment donné vous avez indiqué votre volonté de créer un arrêté anti-mendicité. Pourquoi criminaliser la pauvreté ? Certes, vous éloignerez les mendiants pour un temps en laissant les policiers leur dresser des contraventions. Notamment pour donner une bonne image d’Avignon pendant le festival aux touristes. Que proposez-vous concrètement pour aider les plus précaires ?
OG: Je récuse totalement cette accusation. La pauvreté ne se combat pas à coups de slogans ou de caricatures, mais par des politiques publiques sérieuses.
Un arrêté anti-mendicité vise des situations très ciblées : mendicité agressive, réseaux organisés, pressions sur les commerçants et les passants. Il suffit de se promener sur la rue de la République et entendre les commerçants pour bien comprendre la réalité des choses. Je ne peux me résoudre à voir des enseignes fermer à cause du climat d’insécurité vécu devant ces commerces notamment aux heures de fermeture. Cet arrêté n’est pas pris pour combattre la pauvreté mais l’insécurité. Comme je vous le disais sur nos mesures sociales, il est indispensable d’avoir une vision globale des sujets, une vision à 360°. C’est pourquoi, je proposerai en parallèle un plan visant à mettre plus de cohérence dans les services apportés aux plus fragiles notamment en matière d’organisation des maraudes, un travail avec les associations, un accompagnement vers l’hébergement et l’insertion. La dignité des personnes et la tranquillité de l’espace public ne sont pas incompatibles.
TJ: Le retrait de Julien Aubert (LR) représente-t-il pour vous une chance d’être le candidat de la droite le mieux placé pour l’emporter ?
OG: Une opportunité ? Non je ne le crois pas. .Pour qu’il y ait retrait, encore eut il fallu qu’il y ait eu acte de candidature… Factuellement vous aurez noté que je n’ai pas attendu le retrait de Julien Aubert pour être candidat à cette élection municipale et je remarque que c’est lui qui a attendu ma déclaration de candidature pour annoncer son « retrait » . Mon ambition, dés le début de cette aventure, était de rassembler largement les Avignonnaises et les Avignonnais au-delà des étiquettes, des clivages ou des partis autour d’un projet crédible.
Les municipales ne se gagnent pas sur des étiquettes, mais sur la confiance et j’en suis convaincu sur le dépassement des clivages traditionnels.
TJ: Selon le sondage Ifop-fiducial, commandé par Sud-Radio, publié le 19 décembre 2025, vous arrivez en deuxième position avec 21 % d’intention de vote juste derrière Anne Sophie Rigault, crédité à 22 %. Que représente pour vous le Rassemblement National et votre concurrente directe Anne Sophie Rigault ?
OG: Le Rassemblement national capte une colère réelle, qu’il serait irresponsable de nier. Mais je ne crois ni à ses solutions simplistes ni à sa capacité à gérer une grande ville comme Avignon.
Anne-Sophie Rigault est une adversaire, pas une ennemie. Le débat doit rester démocratique et respectueux et ne peut se fonder sur l’invective ou la polémique.. Mon projet est fondé sur l’expérience et la compétence, pas sur la confrontation permanente. Être Maire, c’est avant tout éviter d’être clivant mais bel et bien d’être fédérateur. Mon ambition est celle d’être le Maire de tous les Avignonnais sans distinction et pour cela, il faut savoir se dégager des postures pour être, je le crois, plus efficace.
TJ: Vous souhaitez, comme de nombreux candidats, la concrétisation des deux dernières tranches du projet de contournement par le Sud d’Avignon par la LEO. En effet, les conditions de circulation aux abords de la rocade et des remparts sont très compliqués avec, notamment, beaucoup de camions qui pollue le cadre de vie des habitants. Seulement, le tracé, retenu en 2003 par la DUP, est contesté en raison des risques d’artificialisation des sols. Souhaitez-vous la poursuite des travaux tels qu’ils ont été pensés en 2003 ? Ou alors, à l’image de la municipalité sortante, une reconsidération du tracé considérant davantage les enjeux écologiques ?
OG: Des milliers d’habitants de la Rocade notamment, subissent nuisances et pollution au quotidien parce que nos élus n’ont pas été en capacité de faire aboutir ce projet. Pire, certains l’ont même fusillé par dogme sans même proposer d’alternatives possibles. La situation actuelle n’est plus tenable et pourtant ce projet est aujourd’hui à l’arret. Je l’ai dit à de nombreuses reprises, la LEO n’est peut être pas le projet parfait que certains attendaient mais il est le seul aujourd’hui qui existe pour mettre un terme à l’engorgement et à l’asphyxie automobile et économique de notre ville. Ne pas le défendre relève purement de la faute politique, de la faute professionnelle.
On le sait, on doit garder ce projet pour espérer sa réalisation. Ceux qui vous expliquent que l’on peut l’améliorer, le corriger mentent éhontément. A moins bien sur de vouloir attendre encore 40 ans d’études et de longues palabres. Cela a bien trop duré…A défaut d’autre projet de contournement de notre ville, d’alternative qui n’existe tout simplement pas, il nous faut donc relancer ce projet vital pour la santé de nos habitants, de nos entreprises et donc de notre ville.
TJ: Vous souhaitez créer une plateforme monavignon.fr pour que les habitants puissent interagir avec la mairie. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
C’est une plateforme de démocratie locale que j’ai souhaité mettre à disposition de tous les avignonnais avec la possibilité pour nos habitants d’y faire des signalements, de participer à des consultations citoyennes, suivre des projets, en somme donner de la transparence aux décisions.
L’objectif est simple : recréer un lien de confiance entre la mairie et les habitants, en utilisant le numérique comme un outil, pas comme un gadget. Bien entendu, avec notre élection en mars prochain, cet outil aurait vocation à se développer pour donner encore plus de services à nos concitoyens en vue d’améliorer leur quotidien. Là encore cette plateforme constitue un outil de bon sens…
TJ: Vous pointez la perte de dynamisme des commerces du centre d’Avignon. Que proposez-vous concernant les commerçants ?
OG:
Ce qui est certain c’est que le commerce de centre-ville ne survivra pas sans action volontariste de la part de la future municipalité. C’est pourquoi, nous voulons renforcer durablement l’attractivité du centre-ville d’Avignon en sortant de la dépendance au seul mois de juillet. Notre ambition est de faire vivre la ville toute l’année en s’appuyant sur la culture, le commerce et les industries créatives. Cela passe par la création de grands événements de saison au printemps et à l’automne, ainsi que par un rendez-vous international autour des vins et de la gastronomie. Nous voulons aussi transformer nos lieux culturels emblématiques pour renforcer la marque « Avignon » à l’échelle mondiale. En parallèle, une foncière commerciale municipale permettra de lutter contre la vacance et de maîtriser les implantations. Nous voulons attirer des artisans et talents d’exception en déployant une équipe dédiée pour accompagner les commerçants au quotidien. L’objectif est clair : plus de visiteurs, plus de commerces ouverts, plus d’emplois et un centre-ville vivant toute l’année.
TJ: Pour terminer cette échange, souhaitez-vous le conclure par un sujet que nous n’avons pas abordé et qui vous tient à cœur ?
OG: Un sujet me tient particulièrement à cœur : que nos jeunes et nos talents puissent rester, s’épanouir et réussir sur notre territoire. Trop souvent, ils sont contraints de partir faute de formations qualifiantes, d’écoles d’excellence ou de perspectives professionnelles locales. Nous voulons une ville qui investit dans la formation, qui soutient ses établissements d’enseignement, qui attire des écoles reconnues et qui offre des services publics efficaces pour accompagner les parcours de vie. Car l’avenir de nos jeunes ne doit pas se jouer ailleurs : il se construit ici. En créant les conditions de leur réussite, nous renforçons notre économie, notre attractivité et notre cohésion. Une ville qui sait garder ses talents est une ville qui prépare son avenir.
TJ: Cette interview touche à sa fin. Merci Monsieur Galzi.
OG: Merci à vous.
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